Quelques fausses bonnes idées en voyage

Le voyage n’est pas, loin s’en faut, uniquement une expérience personnelle. Le voyage change le voyageur. Il l’inspire et l’invite à réfléchir, l’émerveille ou le relaxe, l’émeut ou le fatigue… Nul ne revient indemne d’un voyage.

Mais le voyage change aussi celui que vous allez visiter. La grand-mère aux yeux rieurs d’un village reculé, la vendeuse de courgettes et tomates du marché, le jeune garçon au regard curieux pendu aux jupes de maman, et jusqu’au gratte papier des services de l’immigration… En venant chez eux, vous changez leur vie. À vous de décider si votre impact sera petit ou grand, positif ou négatif…

Sapa marche

L’idée de cet article n’est pas de vous donner un panorama complet et une liste exhaustive de comportement responsable en voyage, mais de vous donner quelques exemples d’idées reçues… L’objectif de la démonstration : vous amener à la conclusion (que je vous livre donc avant même de commencer) que la bonne intention n’est parfois pas suffisante.

Charité bien ordonnée

Souvent confronté à la pauvreté en voyage, on est tenté de donner à ces gens qui n’ont rien. Mais encourager la mendicité peut avoir des effets dévastateurs. Donner aux enfants encourage les parents à considérer ceux-ci comme une source de revenu, et à les envoyer à la rencontre des voyageurs plutôt qu’à l’école. Plus grave, cela peut conduire à la création de réseaux d’exploitations d’enfants. Donner à des adultes en âge de travailler n’est pas une bonne idée non plus, car si mendier devient plus rentable que travailler… Donner des vêtements usagés au hasard d’une rencontre dans un village reculé n’est pas plus recommandé. En plus d’encourager la mendicité, ce geste peut provoquer la jalousie au sein d’une communauté.

Que faire alors ?

Si vous souhaitez donner, faites-le via une personne responsable de la communauté (chef de village, instituteur, médecin…) qui redistribuera de manière équitable… tout en vous renseignant au préalable sur l’intégrité de ladite personne (auprès de votre guide par exemple).

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Boycotts

Vouloir décourager des mauvaises pratiques est tout à fait louable. Mais tout boycott doit se faire en pensant aussi à ses revers. Décider de ne pas voyager dans un pays qui encourage (ou ne fait rien contre) le tourisme sexuel, par exemple, est une fausse bonne idée. Car en ne venant pas, vous laissez le pays sous l’influence des touristes mal intentionnés qui, eux, y vont pour cette raison.

D’autre part, boycotter un pays dont vous désapprouvez le gouvernement isole ses habitants.

Que faire alors ?

Ne pas boycotter le pays en question, mais uniquement les actes que vous désapprouvez. Montrer à un gouvernement qu’un voyageur responsable peut aussi être une source de revenu peut l’amener à faire un pas dans le bon sens. Voyager dans une dictature et raconter au retour ce que vous avez vu peut éveiller les consciences et faire bouger la situation.

Ils sont mignons ces enfants

Assez récemment, les demandes de visites d’orphelinat ou d’écoles se sont multipliées dans les pays en développement. Souvent accompagnées de dons, qui certes donnent bonne conscience. Mais souvenez-vous que les enfants ne sont pas des attractions touristiques. Ces visites sont interdites dans la plupart des pays développés, et pour cause. Que penseriez-vous si l’apprentissage de vos enfants était dérangé tous les jours par des dizaines de touristes rentrant dans la classe et prenant des photos ? D’autre part, certains individus mal intentionnés s’étant aperçus qu’un orphelinat pouvait être une source de revenu, on observe dans certains pays une recrudescence d’ouvertures d’établissements…

Que faire alors ?

Refuser toute visite d’orphelinat ou d’école, tout simplement. Si vous voulez aider les enfants, faites-le via des organismes compétents et reconnus (ONG).

Chine enfants Lijiang

C’est quand même pas cher !

Le marchandage étant une pratique rare dans nos sociétés occidentales, il est fréquent de voir des voyageurs, immergés dans une culture dans laquelle la négociations est tradition, payer le prix fort en se disant que finalement, pour eux, ce n’est pas cher. Oui, le marchand sera content car il a fait une très bonne vente. Malheureusement, cela l’amène aussi à penser que tout voyageur est au mieux un pigeon à plumer, au pire qu’il manque de respect pour sa culture. Cela peut-être aussi un moteur d’inflation pour la population locale, qui ne pourra plus se permettre de se payer certains services. Quand vous payez un chauffeur de tuk-tuk trois fois le prix local, vous l’encouragez soit à ne proposer ses services qu’à des étrangers, soit à augmenter ses prix pour les locaux.

Que faire alors ?

Renseignez-vous sur le coût de la vie, et essayez de payer le juste prix au maximum. Il ne s’agit pas d’être radin non plus, ne négociez pas des heures pour 10 centimes, car vous gagnez tout de même sans doute beaucoup plus d’argent que la personne en face de vous. Mais attention à ne pas déséquilibrer l’économie locale en payant un prix indécent.

Il n’est pas toujours simple de voyager de manière responsable, car certaines bonnes intentions peuvent parfois être de fausses bonnes idées. Le secret ? Faire preuve de bon sens, mais aussi se renseigner, poser des questions… Savoir avant d’agir…

Vous avez un doute sur une pratique, ou souhaitez des précisions sur un pays en particulier ? N’hésitez pas à me contacter.

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