Birmanie, mon coeur saigne

Il y a 17 ans, je préparais mon premier voyage en Birmanie. Je n’avais encore jamais mis les pieds en Asie. Non seulement le continent m’attirait dans son ensemble et dans sa diversité, mais la Birmanie représentait pour moi un monde de légendes, d’histoire et d’exotisme.

À l’origine de cette attirance, comme souvent, des lectures passionnantes. La Vallée des Rubis, de Joseph Kessel, fantastique roman autour de la ville de Mogok et de ses gisements de pierres précieuses, ainsi que Une Histoire Birmane, de George Orwell, sur fond de colonialisme britannique, sont deux classiques. Plus récente, la BD Chroniques Birmanes de Guy Delisle raconte l’histoire d’une Birmanie contemporaine. L’auteur y a effectué un séjour en 2005, l’année de mon premier voyage là-bas. Si d’aventure vous parcourez cet ouvrage, vous y comprendrez l’ambiance dont j’ai fait l’expérience.

Si je vous parle de la Birmanie aujourd’hui, c’est bien sûr en raison de l’actualité de ces derniers jours. Après 10 ans de timide mais résolue tentative démocratique, l’armée a de nouveau saisi le pouvoir le 1er février 2021, portant un coup fatal aux espoirs de liberté de tout un peuple.

Mes différents voyages en Birmanie m’ont fait découvrir un pays en pleine mutation, d’une très répressive dictature militaire aux prémices de la démocratie. Aujourd’hui, avec le soudain retour de l’armée au pouvoir, l’avenir semble bien sombre.

Lors de mon premier voyage en 2005, j’ai été immergé dans une culture riche portée par un peuple extraordinairement résilient face à l’adversité et d’une gentillesse unique. À l’époque, bien qu’officiellement ouvert au tourisme, le pays était totalement fermé au monde extérieur et économiquement dévasté par un déluge de sanctions internationales. Aucune banque internationale et aucun distributeur automatique. L’unique moyen de changer de l’argent était de se munir de billets neufs (dollars our euros) et de les échanger à la sauvette derrière un étal du marché central.
Aung San Suu Kyi était en résidence surveillée, les militaires étaient au pouvoir et exerçaient une pression plus que perceptible sur la population, muselant toute tentative d’expression contestataire.
Aucune marque internationale, aucun hôtel de standing, aucune influence extérieure (pour le meilleur et pour le pire).

J’ai eu également la chance de visiter la région de l’Arakan (Rakhine), depuis 10 ans totalement fermée en raison de la crise des Rohingya qui a fait la une des médias.

Lors des voyages suivants, j’ai pu avec plaisir observer un pays en pleine démocratisation. Les militaires semblaient pencher vers une ouverture à l’opposition. Les sanctions internationales s’allégeant, le pays s’ouvrait et la situation économique s’améliorait à vue d’œil. La liberté d’expression s’installait timidement, l’optimisme s’emparait des esprits et des conversations.

Touristiquement, le pays connût un essor incroyable dans la première moitié des années 2010. Malheureusement la situation politique explosive en Arakan devait fortement freiner cette croissance, et la crise du Covid le faire sombrer à nouveau dans les abîmes. Avec ce coup d’état, nul doute que ma pauvre Birmanie mettra de longues années à remonter à nouveau la pente.

Que pouvons-nous faire ? Pas grand-chose à ce stade, malheureusement, si ce n’est garder la Birmanie dans nos coeurs et dans nos têtes, rêver de voyage en terre Birmane, et se souvenir que ce pays extraordinaire est sans aucun doute le plus beau et le plus envoûtant d’Asie du Sud-Est.

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